Centre d'Analyse des Politiques Economiques et Sociales   Contact  |  Plan 
 

Conférences publiques

CONFERENCE PUBLIQUE SUR LA CONTRIBUTION DU SECTEUR MINIER AU DEVELOPPEMENT SOCIOECONOMIQUE DU BURKINA FASO


Dans le cadre de l’exécution de son programme d’activités le CAPES a organisé le samedi 13 avril 2013 une conférence publique sur : « la contribution du secteur minier au développement socio-économique du Burkina Faso ».


Débuté aux environs de 9h45 mn la conférence a été ouverte par le discours du Directeur Exécutif du CAPES par intérim. Dans son mot d’ouverture il a remercié les différents panélistes pour avoir bien voulu accepté d’animer cette conférence portant sur un sujet aussi sensible que le secteur des mines. Il a par la suite remercié de nombreux public venu s’informer sur le secteur.

I - INTRODUCTION
Monsieur Adama Pierre TRAORE, ancien Ministre, responsable à la CEA de l’UA a dans une brève introduction situé l’évolution du secteur minier au Burkina Faso. Par une genèse bien fournie le modérateur en homme averti de la question des mines au Burkina Faso a présenté la situation et le contexte de l’évolution des mines en trois époques : (i) avant les indépendances ; (ii) de 1960 au début des années 1980 et enfin de 1980 à nos jours. Cette dernière période du boom minier s’inscrit dans la vision et l’adoption d’une politique minière au Burkina Faso. Il a par la suite situé le contexte de la présente conférence avant de donner la parole au SG Ministère des mines et d’énergie pour livrer sa communication.

II - CONTRIBUTION DU MINISTERE DES MINES ET DE L’ENERGIE : LE DEVELOPPEMENT DE L’ACTIVITE MINIERE AU BURKINA FASO

La communication du SG des MME a porté sur les trois points ci-après :

1. La politique en matière de développement du secteur minier

Le communicateur a d’entrée situé les années 1960 – 1990, marquées par une période caractérisée par le rôle prépondérant de l’Etat, principal opérateur dans les activités d’exploration, d’exploitation et de commercialisation des substances minérales. C’est dans ce contexte que La déclaration de politique minière de 1996 tire les leçons du passé et s’appuie sur deux principes : (i) L’investissement privé étranger est un atout ; (ii) l’Etat n’intervient que comme régulateur et soutien à l’investissement. L’Etat réaffirme ainsi : (i) la nécessité de sa participation aux opérations minières, (ii) une volonté de former et de développer les ressources humaines et (iii) le développement d’un code minier attractif.

2. L’état des lieux du secteur minier ;

o Sur le plan de l’exploration : Le secteur minier se développe à partir d’un potentiel minéral. L’existence de ce potentiel a été un facteur important dans le développement du secteur. C’est ainsi que plusieurs permis d’exploration en circulation ont contribué à accroitre sensiblement les dépenses dans le secteur. De 11 permis de recherche en 2000, on en est à 666 en 2012.

o Sur le plan de la production : L’industrie minière est essentiellement mono produit, basée sur l’or. De nos jours, 10 permis d’exploitation industrielle ont été délivrés, parmi lesquels 8 mines d’or et 1 mine de zinc (Perkoa) sont en production.
Les impacts sur l’économie se ressentent dans plusieurs secteurs dont la contribution aux recettes budgétaires, l’impact socio-économique dans les localités environnantes en termes d’infrastructures routières, socio-éducatives, etc. L’effet d’entrainement impacte sur la construction, les travaux d’ingénierie, le transport, la restauration, etc.

3. Les perspectives de développement des mines au Burkina Faso

Selon le communicateur, les perspectives minières au Burkina Faso sont fortement tributaires du maintien ou de l’évolution mondiale du cours de l’or. Ainsi, pour lui, on devrait observer une tendance à la hausse avec l’apport des projets avancés. Les projets avancés sont ceux qui sont actuellement, au moins au stade de l’étude de faisabilité. Il s’agit de six grands projets de développement assez prometteur, de teneur variant entre 125 tonnes d’or métal à Kiaka dans les provinces du Boulgou et du Zoundwéogo) et 22,8 tonnes d’or métal à Houndé (Province du Tuy).
Les autres perspectives sont : (i) la diversification avec le cuivre, le manganèse, le nickel ; (ii) le vaste programme de cartographie géologique dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’appui au Développement du Secteur Minier (PADSEM) financé par la Banque Mondiale,

Le communicateur dans sa conclusion interpelle tous les acteurs en ces termes : « l’enjeu est véritablement de faire de ce secteur un moteur du développement durable ».
Suite aux questions du public, le conférencier a reconnu la faiblesse des ressources humaines spécialisées dans les mines. C’est pour cela que l’Etat a entrepris la formation des compétences sur certains postes de travail. Sur la question de la pollution de l’environnement le SG est catégorique : un cahier de charge existe et les contrevenants s’exposent à des sanctions. Il a relevé la responsabilité de tous les acteurs (y compris locaux) sur cette question, car très souvent, ces pollueurs de l’environnement bénéficient de complicité locale. En termes d’organisation, le gouvernement fait des efforts pour organiser le secteur, encadrer les exploitants des sites aurifères sur les précautions d’utilisation des produits. Aussi le conférencier d’ajouter que quant aux sites aurifères, la question est délicate et requiert la vigilance de tous pour veiller à la scolarisation des enfants et à l’encadrement du travail des enfants. Sur la dimension de l’expertise et de la capacité du MME à exercer un contrôle sur les résultats de l’exploitation, le SG est assez confiant et affirme que pour l’instant le MME, n’a pas encore eu recourt à une expertise extérieur pour l’analyse et l’appui conseil dans le domaine minier. Aussi, la question de la création d’une structure financière spécifique aux mines n’a pas encore fait l’objet de discussion au sein du gouvernement. Cependant, une étude prospective est en cours pour cerner tout le secteur des mines prenant en compte la dimension de la pauvreté des populations et l’exploitation artisanale des sites aurifères.

III - CONTRIBUTION DE LA CHAMBRE DES MINIES DU BURKINA FASO

Les représentants de la chambre des mines ont intervenus sur deux aspects.

III.1 - Une brève présentation de la chambre des mines

La Chambre des Mines du Burkina (CMB) est une association à but non lucratif créée en juillet 2011 pour représenter le secteur minier privé. Il regroupe actuellement une quarantaine de sociétés locales et internationales agissant dans les domaines de l’exploration et de l’exploitation minières ainsi que des géoservices (laboratoires d’analyses, sociétés de sondages, sous-traitants miniers..).
La Chambre des Mines du Burkina Faso a pour objet principal, la promotion des intérêts de ses membres.

Elle a pour buts spécifiques :

• De défendre les intérêts de ses membres et ceux de l’industrie minière en général ;

• De promouvoir, développer et défendre la compétitivité de l’industrie minière au Burkina Faso en partenariat avec l’administration

• De communiquer et d’échanger les informations relatives aux questions minières avec d’autres Chambres des Mines, les Institutions Nationales et organisations Internationales en rapport avec l’industrie minière en Afrique et dans le monde ;

• D’identifier et de promouvoir des relations de coopération avec toute organisation, association ou institution ayant des objectifs similaires à ceux de la Chambre des Mines du Burkina Faso ;

• De réaliser toute opération de toute nature, susceptible de favoriser, directement ou indirectement, l’objectif poursuivi par la Chambre des Mines du Burkina Faso, son extension et son développement

Pour atteindre ses buts, la Chambre des Mines du Burkina se donne comme stratégie, notamment de faire connaître tant au plan national qu’international, les potentialités et les besoins du pays.

Les organes de la Chambre des Mines du Burkina sont :

• L’Assemblée Générale,

• Le Conseil d’Administration,

• Le Secrétariat Exécutif

III.2 - Analyse du partage des bénéfices des activités aurifères au Burkina Faso

Le Vice-Président de la chambre des mines, intervenant sur la répartition du bénéfice des mines a axé son intervention sur :

1. Le contexte et le fondement des investissements dans le secteur aurifère ;

Il a d’abord présenté les cinq moments forts du développement d’un projet minier allant de l’exploration à la réhabilitation (fin du cycle de projet) en passant par l’évaluation des gisements, le développement du complexe minier, la production minière. Ce cycle s’étale sur une durée de vie de 8 à 25 ans. Le secteur ici au Burkina Faso se traduit par l’existence d’un cycle aurifère historiquement favorable à l’essor du secteur. Dans l’analyse du projet minier, le taux de rentabilité interne (TRI) et la valeur actuelle nette (VAN) sont les deux facteurs qui déterminent la décision d’investissement de l’opérateur privé dont le revenu potentiel (évolution des cours de l’or, teneur moyenne du minerai, taux de change), le coût des facteurs de production (énergie, équipement, transport) et le contexte (socio-économique, politique, fiscal, etc.).

2. La répartition des investissements du secteur aurifère et le positionnement du Burkina Faso

Pour le communicateur, le Burkina Faso représentait en 2010, moins de 1% de la production aurifère mondiale, 7% pour l’Afrique de l’Ouest au total. Aussi, le Burkina Faso est un pays à faible teneur (1,6 g/tonne de minerai) comparativement au reste du monde, ou encore, à certains autres pays d’Afrique de l’Ouest tels le Mali ou le Ghana. Les coûts des facteurs de production restent élevés (énergie transport) et le coût moyen de production au Burkina Faso est de 15% supérieur à la moyenne mondiale. Par contre le potentiel minier et le système de taxation sont les principaux avantages compétitifs du Burkina Faso.

3. La répartition de la richesse générée par l’industrie aurifère au Burkina Faso

L’Etat capte une proportion significative de la richesse générée par la production aurifère à partir d’un code des investissements attractif dans le secteur minier. Prenant l’exemple sur une once d’or (à un prix de 1 700 $) l’État burkinabè perçoit près de 300 $ pour chacune des onces produites sur toute la durée de vie de la mine dans le régime actuel. Le communicateur de conclure que sous ce régime actuel, l’État du Burkina Faso perçoit 70 % du bénéfice net généré sur la durée de vie d’une mine aurifère. Sur cette base il a invité une certaine prudence dans les modifications des momentum des dernières années en matière d’exploration et d’investissement minier au Burkina Faso.

Les questions auxquelles le communicateur a répondu se sont focalisées sur : (i) la capacité de l’Etat à avoir une participation majoritaire. Ce qui avait été la pratique dans le cas de Poura et qui s’est révélée un échec par la suite, car l’Etat s’est retrouvé endetté ce qui a conduit l’Etat à adopter une politique fiscale appropriée afin d’inviter à l’investissement privé direct. (ii) la difficulté de la mine à cohabiter à côté des sites aurifères qui fonctionnent sans règles d’éthiques et de déontologie, au contraire de l’industrie minière où la responsabilité sociale de l’entreprise est engagée et invite à plus d’égard vis-à-vis de la pollution et des investissements sociaux en faveur des bénéficiaires de proximité ; (iii) le souci de développer un partenariat « gagnant-gagnant-gagnant » triple fois gagnant qui intègre aussi bien l’Etat, la Compagnie minière que les communautés locales ; (iv) les retombées de la mine qui, au-delà de l’Etat vont directement aux communautés et les secteurs d’activités générées par l’installation de la compagnie minière.

Dans la série de question le CAPES a été interpellé sur l’organisation de la conférence et relativement à l’absence des Ministres cités. En réponse à cette interpellation le chargé de communication a reconnu que la maitrise de l’agenda des ministres est incertaine. En dépit de leur absence la conférence avait plus pour ambition d’informer le public sur une question aussi cruciale que les mines et inciter l’ensemble des acteurs à la réflexion. Cet objectif a été atteint dans son ensemble, dans la mesure où les techniciens présents ont présenté la situation des mines avec tous les éléments d’information.

Le public venu nombreux (396 inscrits) s’informé était essentiellement composé des acteurs du secteur privé (33%) ; des étudiants (31%) ; des acteurs du secteur public (23%) et de la société civile (10%). En termes de représentativité du genre, l’essentiel des participants était de sexe masculin (83%), et 17% de sexe féminin.

Le modérateur dans son adresse au public reconnaitra que tous les sujets ne peuvent pas être épuisés dans l’espace d’une conférence. Les enseignements issus de cette conférence confirment une soif d’information du public sur les retombées de la mine et les perspectives de développement du Burkina Faso, la volonté du développement d’un dialogue permanent avec les différents acteurs. Le modérateur remercié le public et souhaité que de tels espaces de concertation puisse se développer afin d’offrir des opportunités de dialogue direct avec les responsables des ministères sectorielles.

La conférence a pris fin aux environ de 13 h 45 mn