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Conférences publiques

CONFÉRENCE PUBLIQUE SUR "QUELLE PLACE POUR LES SERVICES DANS LE DÉVELOPPEMENT SOCIO-ÉCONOMIQUE DU BURKINA FASO ?"


Le 02 Août 2014, s’est tenue dans la salle de conférence du Centre National Cardinal Paul ZOUNGRANA à Ouagadougou, une Conférence organisée par le CAPES sur le thème, « Quelle place pour les services dans le développement socio-économique du Burkina Faso ? ». La conférence s’est déroulée en deux grands actes à savoir, la cérémonie d’ouverture et les communications des panelistes et d’échanges sur les sous-thèmes abordés.

I. De la cérémonie d’ouverture

Elle a été marquée par le discours d’ouverture du Directeur Exécutif du CAPES, qui a d’abord exprimé toute la gratitude de l’équipe du Centre aux participants à la conférence publique.

Puis, avant d’aborder l’importance des services dans l’économie du pays, il a d’abord passé en revue la multitude des branches de services de l’économie nationale et la part prépondérante des secteurs de service dans la fourniture d’emplois salariés et la génération de valeur ajoutée.

Il a ensuite indiqué, l’importance des services en tant que ressources – intermédiaires obligatoirement – consommées dans les processus de production des biens des secteurs primaire et secondaire.
Avant de terminer son discours, il a introduit les panelistes et le modérateur de la conférence au public tout en les remerciant pour les éclairages qu’ils apportent à la compréhension d’un sujet d’intérêt national et qui semble être absent ou insuffisamment traité par les politiques publiques du moment.

II. De la présentation des sous-thèmes et des discussions

Au total, à l’issue de l’introduction du thème de la conférence livrée par le modérateur, quatre (4) sous - thèmes ont été présentés par les quatre (04) panelistes et discutés par les participants en plénière. Les points saillants des différentes communications sont résumés ci-après par sous - thème.

- Sous-Thème 0 : l’introduction de la conférence publique sur le thème « Quelle place pour les services dans le développement socioéconomique du Burkina Faso » ?

Dans son introduction de la conférence, le modérateur Dr Alain Roger COEFE, Ministre et présentement résident du Conseil d’Administration de AIRTEL a d’abord présenté les avantages de la position géographique du Burkina Faso, situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Pays considéré comme enclavé, le modérateur de la conférence a montré que la position du Burkina Faso lui offre la possibilité de devenir un hub, un grand centre d’affaires et des échanges économiques entre la façade atlantique de l’Afrique qui compte quatre (04) pays limitrophes, à savoir, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Benin et qui sont chacun distant de seulement 1000 km environ. Parmi les capitales à façade martine, Parmi les capitales de la façade maritime, Accra (Ghana), Abidjan (Côte D’ivoire), Lomé(Togo), Cotonou (Bénin) sont à 1 h de vol d’avion, Freetown (Sierra Leone), Monrovia (Liberia) et Abuja (Nigeria) sont à 2h00, Bissau (Guinée Bissau) à 2h15, Dakar (Sénégal) à 2h30 et Conakry (Guinée) à 2h35.

Le Burkina Faso partage également les frontières dans le septentrion (le Nord) avec le Mali et le Niger qui ouvrent l’accès au Sahara et au Maghreb.
A l’ouest, le Mali ouvre vers la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, la Serra Léone et le Libéria, tandis que le Niger donne accès à l’Ouest, à l’Algérie, à la Lybie et à l’Egypte au Nord tandis qu’à l’Est, il ouvre sur le Tchad et le Cameroun et au Sud le Nigéria. Le Niger et le Bénin donnent également accès au Nigeria.

Pour permettre au Burkina Faso d’exploiter ce positionnement géographique en faveur du développement des services, le modérateur s’est interrogé sur l’opportunité et la nécessité de construire les voies de communication (routes, autoroutes, rails), et de télécommunication (déploiement de la fibre optique, etc.).

Pour accompagner le développement des services, il s’est posé la question de savoir s’il ne fallait pas créer des écoles, des instituts, des universités, des centres de recherche scientifique et technique, des cliniques, des hôpitaux de standing international, une infrastructure hôtelière de bon standing et des services d’appui à l’économie (TIC, banques et assurances, crédit-bail, l’électricité solaire, etc.).

- Sous - thème 1 : Quelle place pour les services dans le développement socioéconomique du Burkina Faso : Les secteurs de télécommunication, d’intermédiation financière, les services fournis aux entreprises et les services d’éducation.

La première communication a été donnée par M. Pierre Claver DAMIBA, Ministre et actuellement Consultant international qui a d’abord présenté les secteurs de services selon une classification du système national de comptabilité (SN 1992) et leur contribution à la croissance du PIB. Ensuite, il est revenu sur les situations spécifiques de quatre (04) secteurs de services, à savoir ; les télécommunications, l’intermédiation financière, les services fournies aux entreprises et les services d’éducation.

Relativement au premier chapitre de sa communication, il a d’abord présenté les 12 branches de services retenues selon la classification SN1992 et fait ressortir l’apport de ces branches de services dans la croissance du PIB. Il s’avère que les services constituent le premier secteur contribuant à la croissance et à la formation du PIB. Toutefois, le secteur n’emploierait que 3,97% de la main d’œuvre. De ce fait, la croissance dans le secteur ne contribuerait pas franchement à la réduction de la pauvreté.

Concernant le 2nd chapitre de sa communication relatif aux quatre (04) branches de services, il a d’abord servi à présenter l’importance de la télécommunication pour le développement des économies devenues plus cognitives, mais aussi le retard que connait le Burkina Faso en la matière.

Ensuite, ce 2nd chapitre a permis de présenter la situation des services d’intermédiation du Burkina Faso, matérialisée par un niveau de développement relativement faible. En effet, qu’elle soit appréciée sur la base du taux de bancarisation (stricte), ou du taux de bancarisation incluant le système financier décentralisé, ou simplement par le taux d’accès aux services financiers, la situation du Burkina Faso est moins viable que la situation de l’Etat moyen de l’UEMOA. En plus, le secteur financier se caractérise par une offre réduite avec des modalités et instruments de financement manquant.

Le chapitre 2 s’est poursuivi par la discussion des difficultés entravant le développement des entreprises de la branche « Services fournis aux entreprises ». Ces difficultés se résument à l’absence ou à la non disponibilité des ressources adaptées et des institutions d’appui aux entreprises.

Enfin, concernant les services d’éducation, après avoir noté les progrès en termes de scolarisation et d’alphabétisation, le conférencier a relevé au nombre des insuffisances, le contenu de l’enseignement qui serait insuffisamment technique et numérique.

- Sous - thème 2 : Etat des lieux et perspectives du secteur des services au Burkina Faso.
Le thème a été présenté par M. Frank TAPSOBA, Directeur Général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF) qui structuré sa communication autour des points que sont : (i) Définition et délimitation du champ des services ; (ii) Rôle et importance des services dans l’activité économique ; (iii) Le secteur des service dans l’économie Burkinabé : une analyse comparative ; (iv) Les enjeux et défis liés au développement du secteur des services et ; (v) Perspectives de développement des activités de services au Burkina Faso.

Dans le premier point de sa communication, le conférencier a donné une définition au concept de services qui se distingue de l’industrie et l’agriculture par l’absence de transformation dans le processus de production. A la suite de cette définition, il présenté les branche de services du Burkina partant du fichier NERE de suivi des entreprises conçu et exploité par la CCI-BF.

A l’issu de la présentation des différentes branches de service du fichier, M. TAPSOBA a présenté le rôle et l’importance des services. D’un point économique, les services sont partie intégrante de la production de tout bien et service. Sur le plan de comptabilité nationale, il a présenté la contribution des services à la formation du PIB des pays de différents niveau de développement avant de noter un relatif recul de la contribution en terme relatif des services au PIB du Burkina Faso. Il a aussi montré que c’est le solde de ce secteur qui alimente principalement le déficit de la balance des biens et services.

Abordant les enjeux et les défis à surmonter pour un développement des services, il a situé les enjeux au niveau des opportunités d’amélioration de l’offre et de la qualité de celle-ci ainsi qu’au niveau de l’adaptation de l’économie au TIC. Quant aux défis, il les a situé essentiellement au niveau de la capacité de l’Etat à réorienter dans les meilleurs délais sa politique d’éducation et de formation, à évaluer les besoins en nouvelles qualifications afin de répondre aux besoins du marché en services.
La capacité à réformer le marché du travail pour accompagner la création de nouvelles opportunités d’emplois et de richesse dans le secteur des services fait partie des défis à relever par l’Etat.

Abordant enfin les perspectives, le conférencier a indiqué que :

-  l’évolution de la structure démographique de la population (taux d’activité des femmes, élévation de l’espérance de vie) et des habitudes et modes de vies offrent des opportunités de développement des services dans le domaine de la santé, de l’éducation des enfants, des loisirs, des services récréatifs, des services aux personnes âgées, des services aux ménages, etc.

-  les orientations des politiques publiques actuelles offrent également des opportunités de développement des services. Il s’agit par exemple des orientations de la SCADD sur le développement des services de télécommunication, des services touristiques, des pôles de croissance. Il en est de même pour les politiques sectorielles relatives par exemple au transport routier, aux industries minières, etc…

- Sous - thème 3 : « Quelle place pour les services dans le développement socioéconomique du Burkina Faso : une analyse du secteur des assurances ».
La troisième communication donnée par M. Thierry BROUSSOU, Administrateur, Directeur Général de Allianz Burkina Assurances et Allianz Burkina Assurances Vie a porté sur la vision de l’assureur Allianz, sur le potentiel de développement des services d’assurance au Burkina Faso, sur les contraintes à lever pour se faire ainsi que les moyens à renforcer.

En guise de vision de l’assureur Allianz, le conférencier a présenté la situation du groupe parmi les grands assureurs du Monde avant de revenir sur la situation de cette entreprise au Burkina Faso. Sur ce dernier point il a indiqué que Allianz est présente au Burkina Faso depuis plus de 50 ans et est la seule compagnie d’assurance certifiée ISO9001 (2008).

Concernant le potentiel de développement des services d’assurance au Burkina Faso, il l’a situé au niveau des facteurs que sont : (i) le fort taux de croissance économique ; (ii) le faible taux de pénétration de l’assurance ; (iii) le fort taux de croissance démographique et ; (iv) l’élévation de l’espérance de vie.

En revanche, malgré ce potentiel, le conférencier a identifié de nombreuses contraintes à lever pour un essor des services d’assurance. Il s’agit entre autres de l’image des prix élevés de l’assurance, de la faible perception par les populations des risques à couvrir, de l’accès non aisé des services d’assurance hors des grandes villes, etc…

En ce qui concerne les moyens à renforcer pour favoriser le développement des services d’assurance, il s’agit entre autres de la communication de l’Etat et des assureurs, du contrôle des assurances obligatoires, des nouveaux canaux de distribution et de l’amélioration de la qualité des services.

- Sous - thème 4 : La création de PME de services au Burkina Faso : quelle politique de promotion ?
Le 4ième thème a été présenté par Dr Albert OUEDRAOGO, Directeur de IPSO Conseils. Dr OUEDRAOGO a présenté tour à tour : (i) les profils des créateurs et des porteurs de projets de PME de services ; (ii) les difficultés et les besoins d’appui des créateurs des PME de services ; (iii) les spécifiés des entreprises de services et ; (iv) les politiques envisageables pour le développement des PME de services.
Le conférencier a dressé le profil Sur base d’un échantillon à deux bras constitué en 2012 à partir de 141 promoteurs de PME de services tirés du journal « Le promoteur » de la MEBF et de 125 porteurs de projets identifiés sur la base du répertoire des journées de l’entrepreneuriat burkinabé de la MEBF et des fonds nationaux. Sur cette base, il s’avère que les promoteurs de PME de services sont essentiellement jeunes. En effet, 54% d’entre eux ont un âge compris entre 25 et 35 ans. En terme de niveau et type de formation, les 41% d’entre eux ont le BEPC, BEP ou CAP et 37% Bac+2 ou plus. 72% de ces promoteurs envisage démarrer les activités avec un capital de 500 000 F.CFA. 91% de ces entreprises sont des entreprises individuelles et 9% des SARL.

Les difficultés rencontrées par les promoteurs de PME sont nombreuses : manque de fonds propres, difficultés d’obtention de locaux adéquats, poids excessif des charges, lourdeurs administratives et manque d’information sur les appuis possibles à la création d’entreprise, etc…

En terme de besoin d’appui et par ordre d’importance, les promoteurs ont identifié les besoins d’appui suivants : la formation, le conseil, la mise en relation avec des partenaires ou des institutions financières, la mise à disposition de locaux à loyers modérés, l’information, le suivi post création et le suivi rapproché et individualisé.
Concernant la spécificité des entreprises de services, le conférencier a indiqué que la création de bon nombre d’entreprises de services est peu exigeante en infrastructures et en moyens financiers (maintenance, conseil, etc.). En outre, les activités de certaines de ces entreprises ont un fort potentiel de création d’emplois (société de gardiennage et de sécurité). Enfin, les activités de ces entreprises se regroupent en deux grandes catégories : services à la personne et services aux entreprises.

Abordant les solutions pour le développement de PME de services, le conférencier a proposé entre autre les suivantes :
-  Développer l’accompagnement de proximité : mettre en place de pépinières d’entreprises, hôtel d’entreprises, centre d’affaires pour les entreprises de services ;
-  Promouvoir le mentoring/tutorat pour les porteurs de projets et les néo-créateurs d’entreprises de services
-  Créer des espaces d’échanges et de rencontres entre porteurs de projets, promoteurs d’entreprises de services du type « co-working » ;
-  Développer et promouvoir les regroupements collaboratifs (grappes d’entreprises de services, Sociétés de cautionnement mutuel, etc.).

III. De la synthèse et clôture de la conférence

A l’issu des différentes communications et des réponses aux questions des participants, le modérateur à proposer en guise de synthèse et de mot de clôture de la conférence, les constats et recommandations suivants :
-  Les services sont partie intégrante de toutes les activités économiques et impliquent différents acteurs dont l’Etat qui se doit d’être un Etat stratège ;
-  L’Etat devra améliorer la régulation des secteurs de services ;
-  L’Etat devra promouvoir une politique de développement des services et l’intégrer dans le processus de développement, notamment dans la SCADD ;
-  Promouvoir des institutions adéquats de promotion des industries de services ;
-  Développer l’éducation et la formation professionnelle de qualité ;
-  Moderniser et reformer continuellement l’économie en recourant aux normes et aux standards.