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Conférences publiques

CONFÉRENCE PUBLIQUE SUR LA SCADD (Documents en téléchargements)


Le vendredi 14 novembre 2011 s’est tenue dans la salle du Conseil Burkinabè des Chargeurs (CBC) à partir de 10h35, une conférence publique sur le thème « la stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) : une nouvelle stratégie pour le développement socioéconomique du Burkina Faso ». Cette conférence publique animée par M. Lucien BEMBAMBA, ministre de l’Economie et des Finances a connu une grande participation du public venu par centaines.

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Après les mots de bienvenue du Directeur Exécutif du CAPES, M. le ministre de l’Economie et de Finances a débuté sa présentation par des remerciements adressés au Directeur Exécutif du CAPES et son équipe pour avoir pris l’initiative de « démocratiser la question économique » en organisant la présente conférence publique. La conférence s’est structurée en trois (3) grandes étapes : l’exposé sur powerpoint de M. le ministre, la séquence des questions posées par les participants et celle des réponses apportées par le présentateur.

De l’exposé de M. le Ministre Elle était structurée autour de cinq (5) grands points, à savoir :

I. Les politiques économiques et sociales mises en œuvre de 1960 à 2000 ;

II. Le bilan d’une décennie de lutte contre la pauvreté ;

III. Le processus d’élaboration de la SCADD ;

IV. Les éléments de la SCADD ;

V. Le dispositif de suivi-évaluation.

I. Les politiques économiques et sociales mises en œuvre de 1960 à 2000 : S’agissant des politiques économiques et sociales mises en œuvre de 1960 à 2000, M. le Ministre a indiqué qu’elles étaient élaborées dans le cadre d’une planification où le rôle de l’Etat était prépondérant. La période se subdivise en trois (3) phases : les premières années d’indépendance au cours de laquelle la planification était perçue comme un moyen d’orienter et de conduire le processus de développement économique et social, la période 1967-85 marquée par cinq (5) plans quinquennaux de développement, les plans- projets et le Programme populaire de développement ; et celle de 1986-1995, période de projets par objectifs élaborés de manière participative par des compétences nationales.

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Les caractéristiques de ces plans et programmes étaient (i) qu’ils étaient normatifs, (ii) l’Etat y a joué un rôle prépondérant et (iii) qu’ils étaient articulés autour des priorités de développement du monde rural, des infrastructures économiques, des équipements collectifs, de la satisfaction des besoins de base des populations. L’acquis de ces plans et programmes est le renforcement du tissu économique par la création d’entreprises industrielles et commerciales pour suppléer la faiblesse de l’initiative privée locale et des investissements étrangers. En revanche, on a observé une persistance des déséquilibres des finances publiques.

Cette insuffisance des plans et programmes a ouvert la période des PAS (programmes d’ajustement structurels). Ainsi, en 1991, les autorités nationales ont mis en œuvre des réformes économiques et structurelles avec le soutien de la communauté financière internationale en vue de faire face à l’important déficit financier que connaissait le pays. Une réflexion sur le renouveau de la planification, afin d’inscrire ces réformes dans une perspective de long terme a été également initiée.

En 1995, la Lettre d’intention de politique de développement humain durable (LIPDHD 1995-2005) a été formulée, en vue de centrer la stratégie de développement du pays sur le concept de sécurité humaine. Poursuivant les réformes et le renforcement des capacités de pilotage du processus de développement, l’étude nationale prospective (ENP) "Burkina 2025" a été bouclée en 2005. En 1997, les efforts de courageuses réformes du Burkina Faso ont été couronnés par son éligibilité à l’initiative d’allègement de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE).

II. Le bilan d’une décennie de lutte contre la pauvreté M. le ministre a fait le bilan d’une décennie de lutte contre la pauvreté marquée par des succès mais aussi des défis à relever.

En 2000, la première version du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) a été élaborée et mise en œuvre avant d’être révisée en 2003. Cette révision a connu l’adhésion de tous les intervenants en matière de développement. Cette version révisée du CSLP ainsi que des Cadres Stratégiques régionaux de lutte contre la pauvreté (CSRLP) dans les 13 régions ont a été mis en œuvre. Un Plan d’Actions Prioritaires (PAP) du CSLP et un Cadre Général d’organisation des appuis budgétaires ont été développés. Le CSLP avait pour objectif de résorber le déficit social en (i) ramenant l’incidence de la pauvreté de 46,4 % en 2003 à moins de 35 % en 2015, (ii) par l’accroissement du PIB par habitant d’au moins 4 % par an à partir de 2004 et (iii) par l’augmentation de l’espérance de vie à 60 ans en 2015. Quatre (4) axes ont été définis en vue d’atteindre ses objectifs, à savoir :

AXE 1 : Accélérer la croissance et la fonder sur l’équité ; AXE 2 : Garantir l’accès des pauvres aux services sociaux de base et à la protection sociale ; AXE 3 : Élargir les opportunités en matière d’emploi et d’activités génératrices de revenus pour les pauvres dans l’équité ; Axe 4 : Promouvoir la bonne gouvernance. Le CSLP a enregistré des acquis tant au niveau macroéconomique que dans les domaines sociaux (santé, éducation, assainissement et eau potable). Ces acquis se sont révélés insuffisants car les performances économiques demeurent faibles, la réduction de la pauvreté faible, malgré la croissance. Par ailleurs, le pilotage stratégique de l’économie est toujours perfectible car la vision prospective était insuffisante dans le CSLP et les questions de population et d’aménagement du territoire étaient insuffisamment prises en compte dans les politiques de développement.

III. Le processus d’élaboration de la SCADD La SCADD a été élaborée pour relever ces défis par l’accélération de la croissance et la promotion du développement durable en vue de réduire significativement l’incidence de la pauvreté. La nécessité d’élaborer la SCADD se décline ainsi qu’il suit :
- la production à intensifier pour entraîner une réduction significative de la pauvreté : avec un taux de croissance moyen du PIB de 5,2 % et un taux d’accroissement démographique de 3,1 %, il faudra environ 35 années pour doubler le revenu par tête ; et,
- le processus de développement durable à dynamiser en mettant en synergie : (i) l’efficacité économique qui vise les objectifs de croissance et d’efficience de la gestion de l’économie, (ii) la viabilité environnementale qui vise à préserver, améliorer et valoriser l’environnement et les ressources naturelles et (iii) l’équité sociale qui vise à satisfaire les besoins humains et à répondre à ces objectifs d’équité et de cohésion sociale. L’élaboration de la SCADD s’est faite selon une approche itérative et participative et dans le cadre d’un dispositif institutionnel inclusif ; elle a démarré en mars 2009 avec l’adoption de la note conceptuelle de la SCADD en conseil des ministres. Un dispositif institutionnel a été mis en place par arrêté ministériel n° 2009-007/PM/MEF du 15/05/2009 et composé (i) d’un comité de pilotage chargé de l’orientation, (ii) d’un Comité technique qui conduit les travaux d’animation du processus et (iii) d’une Cellule permanente qui tient lieu de secrétariat du mécanisme institutionnel chargé de la gestion des activités du processus.

Les principales étapes de cette approche itérative étaient le diagnostic de la situation socioéconomique du Burkina Faso, l’évaluation indépendante de la mise en œuvre du CSLP et l’étude des déterminants d’une croissance accélérée et de développement durable au Burkina Faso. Ces étapes ont conduit à la détermination des enjeux et défis de développement du pays pour la période 2011-2015. La participation s’est exprimée à travers de nombreuses consultations (sectorielles et thématiques, régionales, des acteurs du secteur privé, ceux du secteur public, de l’Assemblée Nationale, du Conseil Economique et Social), un atelier (sur les options stratégiques) et enfin des assises nationales. La participation des citoyens s’est faite par Internet sur le site web de la SCADD (www.scadd-burkina.com) de septembre à décembre 2010.

IV. Les éléments de la SCADD Trois (3) fondements sont à la base de la SCADD, à savoir : la vision "Burkina 2025", les enseignements tirés d’une décennie de lutte contre la pauvreté et la nécessité d’intégrer dans les politiques publiques, les questions transversales comme le genre, la population, l’environnement, l’aménagement du territoire, le renforcement des capacités, et l’intelligence économique. Six principes directeurs sous-tendent la SCADD (l’anticipation, le leadership national, la responsabilisation des acteurs, la promotion du développement durable, la priorisation et la cohérence des actions, la gestion axée sur les résultats (GAR)). L’objectif de la SCADD est de réaliser une croissance économique forte, soutenue et de qualité, génératrice d’effets multiplicateurs sur le niveau d’amélioration des revenus, la qualité de vie de la population et soucieuse du respect du principe de développement durable. Cet objectif est poursuivi selon quatre (4) axes :

Axe 1 : développement des piliers de la croissance accélérée Axe 2 : consolidation du capital humain et promotion de la protection sociale Axe 3 : renforcement de la gouvernance Axe 4 : prise en compte des priorités transversales dans les politiques et programmes de développement. Le coût global de la SCADD est de 7 496,20 milliards de FCFA (soit 1 499,24 milliards de FCFA par an). Le financement se fera à hauteur de 63,30% sur ressources propres, 34,50% sur ressources extérieures ; 2,20 % sont réservés au privé (y compris les Burkinabè de l’étranger).

V. Le dispositif de suivi-évaluation Les outils de suivi et d’évaluation sont composés de la matrice de performances triennales glissante, le rapport annuel de performance et le rapport d’impact. Quant au dispositif de suivi, il comporte :
- quatre (4) organes (le Conseil des ministres, le Comité national de pilotage/SCADD (CNP/SCADD), le Cadre sectoriel de dialogue (CSD) et le Cadre régional de dialogue (CRD) ;
- un secrétariat technique ; et,
- 3 instances (la revue annuelle de la SCADD, les revues sectorielles et les revues régionales).

A ces instances, s’ajoutent les cadres de dialogues politiques de haut niveau entre le Gouvernement et le secteur privé, la société civile, les collectivités territoriales et les partenaires techniques et financiers (PTF).

Quatre (4) risques principaux sont à surveiller : risque financier, risque lié aux conditions naturelles, risque lié à une faible adhésion des acteurs, risque lié à la conjoncture internationale et régionale. En conclusion, le ministre de l’Economie et des Finances a rappelé que la SCADD, élaborée suivant un processus participatif, conformément à une tradition bien ancrée au Burkina Faso, nécessite une mobilisation sans réserve de tous (acteurs nationaux ou non) pour sa mise en œuvre efficiente.

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Des questions posées par l’assistance Après la présentation de M. le ministre, de nombreuses questions ont été posées qui ont porté sur une gamme variée de domaines, allant de la communication sur la SCADD, la prise en compte des problèmes fonciers, la relation entre les OMD et les objectifs de la SCADD, le niveau de 10% jugé ambitieux du taux de croissance visé dans la SCADD, la mise en œuvre de la SCADD au niveau décentralisé, la promotion de l’économie locale, l’incidence de la pauvreté prévue à l’horizon 2015, le degré de prise en compte de l’éducation, la prise en compte des événements que le pays a connu dans le premier semestre de 2011, les causes réelles des échecs des politiques passées, l’apport de la SCADD en termes d’innovation pour booster l’agriculture et les mines, le secteur privé dont l’organisation ne lui permet pas de jouer un rôle dynamique, le niveau de recouvrement fiscal lors de la mise en œuvre du CSLP, au pôle de croissance de Bagré.

Des réponses apportées par Mr le ministre M. le ministre a apporté des réponses satisfaisantes ; en ce qui concerne la question relative à la communication, il a informé l’assistance qu’un secrétaire technique a été récemment nommé, qui aura pour tâche la mise en œuvre de la SCADD. Une stratégie de communication sera alors développée. D’ores et déjà, la SCADD a mis en ligne un site web en vue d’informer le grand public. Pour ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de la SCADD, la réponse donnée indique que celle-ci a été entièrement l’œuvre de cadres burkinabè ; la qualité du travail donne entièrement satisfaction aux partenaires techniques et financiers (PTF). D’ailleurs, ils recommandent la SCADD à certains pays comme exemple. Bien évidemment, la SCADD fera l’objet de révision et d’ajustements au terme de sa période d’exécution (2011-2015).

En ce qui concerne la prise en compte des terres de culture, M. le ministre a répondu que la loi est claire et consacre la logique de production et la plaine de Bagré est aménagée pour les trois catégories d’exploitants, à savoir les petits, moyens et grands exploitants.

Il a précisé que les indicateurs de la SCADD sont conçus pour pouvoir suivre la réalisation des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) et un accent est mis sur la croissance et l’investissement productif. Une stratégie pro-pauvre de mobilisation des ressources adaptée à la réalisation de la SCADD sera développée.

Concernant le taux de croissance de 10% apparemment ambitieux, le ministre a réaffirmé que le gouvernement n’a d’autre choix que d’être ambitieux au regard de la croissance démographique qui ne fait que plomber les efforts de réduction de la pauvreté. Ce taux est par ailleurs atteignable étant donné le potentiel de croissance élevé de certains secteurs comme l’agriculture et l’élevage. Plus de 10% du budget est alloué à l’agriculture et, en 2010, pourtant considérée comme année de crise, le taux de croissance était de 7,9%. Ceci prouve qu’avec la mise en œuvre d’une politique volontariste comme la SCADD, il est possible de réaliser au moins 10% de croissance par an ; d’ailleurs, un pays comme le Ghana enregistre un taux de croissance de 13%/an.

Etant donné le taux de croissance démographique de 3,1%, il est absolument nécessaire de produire plus, pour espérer à terme amorcer le développement.

En réponse à une question sur la mise en œuvre de la SCADD au niveau décentralisé, le ministre a fait savoir que la SCADD donne des indications et qu’au niveau local et sectoriel, il est nécessaire de tenir compte des orientations de la SCADD.

Concernant la promotion de l’économie locale à travers une décentralisation des marchés publics, le ministre a reconnu la nécessité d’y réfléchir et a même annoncé qu’un forum sera très prochainement organisé sur le sujet. Pour ce qui est de la pauvreté à l’horizon 2015, le ministre a répondu que son incidence prévue est de 35% à cet horizon. Il a indiqué que l’approche ‘secteurs’ est privilégiée par rapport à celle ‘département ministériel’ en vue de gagner en efficacité et en continuité. Par ailleurs, des mécanismes sont à prévoir pour une prise en compte des questions sectorielles.

Le ministre a confirmé que l’éducation (l’enseignement secondaire, supérieur et l’alphabétisation) est bel et bien prise en compte dans la SACDD (voir Axe 2 sur le renforcement du capital humain). Selon lui, des acquis existent dans ce domaine, qui doivent être consolidés. Il a insisté sur la nécessité pour le Burkina Faso de compter de plus en plus sur les capacités humaines locales pour la définition des politiques ; il a donné l’exemple du Centre d’Analyse des politiques Economiques et Sociales (CAPES) qui a des possibilités de contribution en matière de réflexion et d’accompagnement.

A un participant qui se demande si la SCADD a pris en compte les événements qui se sont produits au début de l’année 2011, M. le ministre a simplement répondu que de tels événements ne sont jamais pris en compte dans des politiques.

En réponse à une question relative aux causes de l’échec des politiques passées, le ministre a indiqué que cet échec était plutôt imputable à l’environnement du moment. Quant au participant qui a voulu savoir quelle innovation la SCADD apporte pour booster l’agriculture et les mines, le ministre a insisté sur le fait que la SCADD a été élaborée pour mieux lutter contre la pauvreté en promouvant la croissance. Face au boom minier actuel, il faut selon lui, mieux suivre ce secteur pour un développement durable. En ce qui concerne la préoccupation d’un participant qui pense que le secteur privé est marqué par une structuration (absence de conseil d’administration) qui ne lui permet pas de créer des emplois, le ministre a reconnu que les gens ont tendance à rester seuls alors que la compétition qui est de plus en plus féroce requiert des alliances et une organisation à même de promouvoir le secteur. Il est alors nécessaire pour le gouvernement de prendre cette situation en charge.

Répondant à une question sur le niveau de recouvrement fiscal au cours de la période de mise en œuvre du CSLP, le ministre a fait savoir qu’il était insuffisant mais qu’il est prévu des corrections pour relever le taux de pression fiscale pour soutenir la croissance. Par rapport au pôle de croissance de Bagré, M. le ministre a informé l’assistance que ce pôle est pilote et qu’il est prévu d’en répliquer les résultats à d’autres zones du pays. Ayant épuisé la liste des questions, le Ministre a une fois de plus remercié les participants pour leur intérêt pour la SCADD et a invité chacun à s’impliquer pour une mise en œuvre réussie de la stratégie.